Un air de déjà vu
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Un air de déjà vu

Investissement et retraite | 7 déc. 2018 | Robert Lachance

UN AIR DE DÉJÀ VU…

On ne peut pas dire que les marchés boursiers nous la font facile par les temps qui courent. Même la météo s’en mêle. Bref, quoi penser de tout ça?

Premièrement, un marché haussier (Bull Market) ne meurt pas de vieillesse, il faut un déclencheur pour que l’on tombe en marché baissier (Bear Market). Généralement, le déclencheur est une récession. Sommes-nous en récession? Pas du tout. La croissance économique aux États-Unis en 2018 a été vigoureuse et l’on devrait finir l’année avec une croissance entre 3% et 3,5%. Pour l’année 2019, les prévisions tablent pour une croissance d’environ 2,5%, ce qui est très respectable et suffisant, à ce rythme, pour maintenir le taux de chômage en bas de 4%.  Du côté canadien, on finira l’année 2018 avec une croissance d’un peu plus de 2% et légèrement plus bas pour 2019.  Au niveau mondial, la croissance devrait afficher une croissance d’environ 3, % en 2019. Le tout dans un contexte inflationniste plutôt stable, autour de 2%.

Par ailleurs, malgré les récentes hausses des taux directeurs, tant au Canada qu’aux États-Unis, ceux-ci restent accommodants et ne devraient pas nous précipiter en récession. Alors pourquoi tant d’émoi sur les marchés?

Plusieurs raisons peuvent expliquer la situation actuelle. Entre autres, de telles corrections arrivent régulièrement sur les marchés, elles font parties inhérentes du marché boursier. En fait, selon une étude de Goldman Sachs, depuis 1945 (je n’étais pas né!) l’indice S&P 500 a connu 24 corrections qui ont en moyenne fait baisser l’indice de 13% sur une période d’environ 4 mois. Le rebond qui a suivi a duré aussi en moyenne 4 mois avant que l’indice récupère les pertes. On parle ici de correction qui est une baisse de l’indice entre 10% et 20%.

"Un marché baissier sera caractérisé par une baisse de plus de 20% et est souvent précurseur d’une récession."

Toujours selon la même étude de Goldman Sachs, il y a eu 11 marchés baissiers (Bear Market) depuis 1945. Le recul moyen a été de 30% pour une durée en moyenne 13 mois. Le rebond s’est fait sur 22 mois avant que l’indice revienne à son point de départ.  Plus particulièrement, le Dow et le S&P 500 atteignaient un nouveau record le 17 septembre de cette année à respectivement 26 743.50 et 2 929,67. À la fermeture d’hier, le 6 décembre, le Dow avait reculé 7,20 % et le S&P 500 8,7 %, on n’est même pas encore en zone de correction.

"Cette situation comme nous venons de la constater n’est pas exceptionnelle, elle est même courante, mais crée à chaque fois, auprès des investisseurs, un inconfort certain pour ne pas dire un certain inconfort. C’est malheureusement la rançon à payer, pour un rendement supérieur à un CPG."

LES CAUSES INVOQUÉES POUR EXPLIQUER LES SOUBRESAUTS DANS LE MARCHÉ

1-     L’ombre d’une guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis

Maintenant, adressons les causes les plus souvent invoquées actuellement pour expliquer ces soubresauts. Dans un premier temps, l’ombre d’une guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis empoisonne l’atmosphère depuis déjà plusieurs mois. Bien qu’une trêve de 90 jours a été signée entre Xi Jinping et Trump lors de la rencontre du G20 à Buenos Aires, le litige entre les deux grandes puissances est loin d’être réglé. Une escalade de ce conflit pourrait coûter à la Chine 1% de croissance et aux Américains autour 0,5%, sans compter l’impact négatif sur le commerce mondial. Dans un tel contexte, on comprend aussi pourquoi plusieurs pays émergents sont en situation de marché baissier (baisse de plus de 20%). Personnellement, je crois qu’un accord est possible surtout dans un contexte ou le 45e président des États-Unis envisage un deuxième mandat et que pour se faire il veut une croissance économique soutenue.

2-     La baisse des coûts du pétrole

Un autre facteur vient perturber les cartes, la baisse des cours du pétrole. En effet, durant le mois de novembre le Brent de la mer du Nord a baissé de 20,8% et le WTI de 22,2%, la pire dégringolade depuis 2008. C’est très bon pour les chiffres d’inflation et le revenu disponible des ménages, mais cela crée beaucoup d’incertitude. Est-ce que la rencontre de l’OPEP à Vienne cette semaine sera suffisante pour rassurer les marchés, reste à voir.

3-     La fameuse courbe des taux d’intérêt

Autre sujet de préoccupation est la fameuse courbe des taux d’intérêt. En effet, dans le processus de normalisation des taux que la FED a entrepris, ce sont plutôt les taux courts termes qui ont connu une hausse, passant de 0,25% à 2,25% lors de la dernière hausse plus tôt cette année. Ainsi, la courbe des taux américains est maintenant presque que « flatte ». Les taux courts termes à 2,25%, les 10 ans à 2,85% et les 30 ans à 3,16 %. Au Canada, même constat, de 1,75% à court terme, les 10 ans à 2,12% et les 30 ans à 2,24%.

"Ainsi, la crainte des investisseurs est de voir une inversion de la courbe, c’est-à-dire, des taux courts termes plus haut que les taux long terme."

Une telle situation a souvent été, par le passé, un signal précurseur de récession. Nous ne sommes pas encore là. Le fléchissement de la croissance économique prévu au cours de 2019 et 2020 devrait ralentir les ardeurs de la FED et autres banques centrales dans leur processus de normalisation. À cet effet, plusieurs se demandent (dont M. Trump) pourquoi cette volonté d’augmenter les taux d’intérêt. La réponse est relativement simple. Premièrement, comme nous l’avons déjà mentionné dans un précédent texte, des taux trop bas, trop longtemps, vont créer une distorsion dans la perception et la prise de risque. On peut donc se retrouver dans une situation ou pour sortir de l’éclatement d’une bulle spéculative on en crée une autre. L’autre point, si les taux restent trop bas les banques centrales se retrouveront en manque de munition lors de la prochaine récession, on veut donc se donner une marge de manœuvre.

4-     La croissance en 2019 des bénéfices des entreprises

Finalement (enfin!), la croissance en 2019 des bénéfices des entreprises. En 2018, les entreprises ont bénéficié de vents favorables, la baisse des taux d’imposition de 35% à 21% et comme nous l’avons déjà mentionné d’une forte croissance économique. Dans cet environnement doré, les investisseurs pouvaient accepter des valorisations élevées, maintenant avec une baisse anticipée de la croissance des bénéfices (notez bien que l’on parle seulement d’une baisse de la croissance) le marché est en réajustement, comment le marché absorbera ces nouvelles données? 

En conclusion, ce que nous traversons présentement est une excellente opportunité pour trouver de belles entreprises en croissance à des prix intéressants. C’est ce que plusieurs de nos gestionnaires favoris sont en train de faire : acheter. L’autre élément positif est que le marché boursier ne montre pas de signes d’exubérance comme lors de l’explosion de la bulle technologique ou des créances adossées à des hypothèques. Le marché en ce sens est sain, il réagit rapidement lorsqu’une préoccupation survient. Évidemment, certains de nos clients vont vivre ces montagnes russes avec beaucoup d’anxiété, c’est normal, il faut prendre le temps des écouter. Un point important à considérer lorsque vous leur parlerez, vos clients sont, pour la plupart, en mode « émotion » alors si vous voulez les rassurer, ne parler pas «technique» avec vos graphiques Andex et autres statistiques, vous allez communiquer c’est sûr, mais est-ce que vous vous comprendrez? Essayer plutôt de parler plus lentement en démontrant un haut niveau d’empathie.

Bonnes ventes,

Robert

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